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NoirsPolars

La Fille de la pluie de Pierric Guittaut: d'un cliché l'autre!

21 Janvier 2014 , Rédigé par Daniel Marois Publié dans #Polar, #Pierric Guittaut, #La Fille de la pluie, #Éditions Gallimard

La Fille de la pluie de Pierric Guittaut: d'un cliché l'autre!

Avec pareil titre, La Fille de la pluie de Pierric Guittaut, nous fait espérer un mystère aussi sombre que poétique. Or, bien que vaguement noir, ce polar rappelle plutôt nos tristement célèbres romans de la terre.

Envoyé par son employeur dans une communauté rurale, Hughes, un jeune clerc, vit toutes sortes de mésaventures au bout desquelles il va perdre sa femme et son emploi. Lorsqu'il décide de prendre quelques jours de vacances dans la région pour se remettre, il brise le fragile équilibre sur lequel reposait la communauté. À son plus grand malheur.

Il n'y a aucun personnage auquel on peut s'accrocher un tant soit peu dans ce polar, comme s'ils restaient tous lointains et qu'on les observait à distance. Pierric Guittaut n'a pas su les rendre sympathiques, ce qui empêche le récit d'être véritablement accrocheur.

Le personnage principal, Hughes, a besoin du système des classes sociales pour comprendre la société dans laquelle il évolue. Les paysans chez lesquels il loge sont pour lui assez proches du bas de la pyramide et cette vision sociale n'est démentie par aucun personnage. Il les laisse le surnommer le notaire ou le Parisien alors qu'il est de Nantes. Il se gargarise de ces raccourcis sociaux qui viennent rehausser sa valeur dans sa vision du monde institutionnelle. Les agriculteurs ont pour leur part conscience que les urbains les traitent en bouseux et qu'ils doivent faire attention à leurs comportements pour ne pas en rajouter.

Toutes les femmes du coin lancent des œillades invitantes au visage nouveau de ce clerc qui a la forme physique d'un joueur de rugby, plus que d'un bellâtre! Pourtant, la veuve et l'adolescente succombent aux charmes du clerc sans effort particulier de sa part, comme si elles n'attendaient que lui. On nous présente une campagne où les gens s'ennuient, malgré internet et autres gadgets civilisés, une ruralité moderne aux durs labeurs où seule la chasse peut désennuyer. Tous ceux qui ne binent pas la terre ou n'abattent pas d'arbres sont des « Parisiens » aux yeux des fermiers alors que ceux-ci sont des bouseux dégénérés aux yeux des urbains. Cette manière manichéenne de projeter le monde finit par lasser. Les familles de ce milieu rural se détestent depuis des générations, elles entretiennent des rivalités séculaires basées sur presque rien, sur un vide grotesque : une femme ravie, un mari cocu, une terre convoitée par un autre, une vie de petites misères misérable. Bref, on navigue d'un cliché à l'autre.

La fille de la pluie est un roman noir, oui, mais sans grand attrait. Une sorte de peinture rupestre qui voudrait opposer le monde rural et le milieu urbain à coups de petites scènes lesquelles mènent sans répit au pesant ennui dont souffre tout un chacun.

Ce premier roman de Pierric Guittaut n'est pas convaincant. Ce n'est pourtant pas dénué de qualités, mais il n'y a rien de véritablement marquant qui vaudrait le détour. Le langage est trop propre et les scènes sont si lisses qu'on se croirait dans un polar éthique, un nouveau genre qui prendrait en compte toutes les formes d'accommodements plus ou moins raisonnables! La série noire de Gallimard est un peu à la dérive, il me semble...


Pierric Guittaut, La Fille de la pluie, Éditions Gallimard série noire. Janvier 2014. 271 pages. Papier, ePUB et PDF.

Paru Huffington Post Québec Publication: 21/01/2014 10:47

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